Communiqué | Lettre à Ministre de la Culture

Madame, Monsieur,

Permettez-nous de vous informer d’un courrier que la Fédération Alsace bilingue-Verband zweisprachiges Elsass (FAB-VZE) vient d’adresser à Madame la Ministre de la Culture, au Président du comité Consultatif pour la promotion des langues régionales et de la pluralité linguistique interne et au Délégué Général de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (voir en pièce jointe).

Nous avons accompagné ces courriers de la brochure « Demandes citoyennes alsaciennes pour une nouvelle politique linguistique et culturelle » qui contient la position des associations engagées dans la promotion de la langue régionale d’Alsace et de nombreuses expressions concernant la définition de la langue régionale (1).

Parce que certains rapports et certaines consultations ne nous semblent pas correspondre à la réalité, nous soulignons la définition de celle-ci, à savoir que la langue régionale d’Alsace, c’est la langue allemande sous sa double forme dialectale et standard. Les dialectes alémaniques et franciques employés ici sont incontestablement des dialectes de l’allemand. Dire que la langue régionale, c’est l’alsacien est chose imparfaite, en tout cas incomplète. En Bretagne par exemple on parle quatre dialectes, le cornouaillais, le léonard, le trégorrois et le vannetais qui tous sont des dialectes du breton. Ce terme est un éponyme, en même temps qu’une notion de langue standard. Ceux qui parlent encore le breton emploient un des dialectes évoqués. A l’école, on enseigne le breton standard, tout en réservant une place à l’oralité des dialectes. Au Pays basque, il y a le basque et les dialectes du basque, en Occitanie, l’occitan et les dialectes de l’occitan, etc. En Alsace, il y a historiquement et linguistiquement l’allemand et les dialectes de l’allemand, en l’occurrence, le francique rhénan, le bas-alémanique du nord, le bas-alémanique du sud et le haut alémanique. Dire le contraire, c’est faire de la politique, c’est donner raison à ceux qui ont prononcé des interdits, en 1945 notamment, contre l’allemand (pourquoi donc a-t-il fallu interdire une langue si elle n’est pas d’ici), c’est persévérer dans le complexe alsacien, dans la crise identitaire, et dans l’anti-germanisme tourné contre soi de l’après-guerre et c’est finalement « patoitiser » la langue régionale. L’allemand est alsacien et l’alsacien, c’est de l’allemand, une langue qui aux côtés de la langue française, nous ouvre à l’une des plus grandes cultures d’Europe et à plus de 120 millions de germanophones, en même temps qu’au marché du travail et à la « transfrontalité », notamment économique. C’est cela, la vraie modernité. Lorsqu’ils parlent leurs dialectes, les Alsaciens sont, qu’on le veuille ou non des germanophones. Vouloir en faire des « alsacophones » et créer un standard alsacien est une autre histoire, une aventure dont la conséquence la plus fâcheuse serait le provincialisme, le repli sur soi. Une des raisons qui expliquent l’appauvrissement quantitaf et qualitatif de la pratique dialectale, c’est justement la coupure d’avec la langue de culture de référence, la langue-mère, le standard allemand. Ne nous trompons pas de cible. Dialecte et standard, nous avons besoin des deux, l’un justifie l’autre, l’un a besoin de l’autre.

Pierre Klein, président coordinateur de la FAB-VZE (0682940999)

  • Points de vue de personnalités, d’élus, de partis, d’associations…

Deux grands anciens : Edouard Reuss : «Wir reden Deutsch… (traduction) Nous parlons l’allemand. Sur le plan politique nous sommes Français et nous voulons le rester… mais ils ne doivent pas empêcher nos enfants de nous parler dans la langue dans laquelle nous avons nous-mêmes parlé avec nos pères et mères. » 1838 et Albert Schweitzer : „Deutsch ist mir Muttersprache, weil der Dialekt in dem ich sprachlich wurzle deutsch ist.

Alfred Kastler, Prix Nobel de Physique dans Notre avenir est bilingue (1968) : « pour le jeune écolier alsacien l’acquisition de la langue allemande – à côté de celle de la langue française – est un droit que nous exigeons »

Le Président Pflimlin adresse une lettre au Ministre de l’Éducation nationale, Charles Haby (1975) : « L’allemand est la forme littéraire de nos dialectes qui sont – bien que certains veuillent encore nier cette évidence – des dialectes germaniques appartenant à la famille des dialectes alémaniques… Je considère donc que l’apprentissage de l’allemand est pour un Alsacien dialectophone, l’une des formes naturelles du développement intellectuel.»

Germain Muller : « Notre langue : c’est l’allemand. Notre langue maternelle, la langue dans laquelle nous nous exprimons par l’écriture : c’est l’allemand. Si nous parvenons à écrire un certain Elsasserditsch, c’est-à-dire un dialecte allemand, c’est que nous avons derrière la structure, l’ossature de la langue allemande, le Hochdeutsch… Je suis triphasé et je fonctionne dans les trois phases… Je rêve dans les trois phases et j’utilise chaque fois le tiroir qu’il me faut et dans chaque langue… L’essentiel pour nous, c’est le bilinguisme franco-allemand… notre bilinguisme est franco-allemand et le triphasage fait que le dialecte alsacien sera toujours un phénomène d’accompagnement de ce bilinguisme. » in Germain Muller in Germain, Bernard Jenny, Bentzinger Editeur, Colmar, 1997, page 353.

Dans les années 70 plus de 300 communes ont adopté la motion suivante: « constatant que l’allemand, sous sa forme dialectale ou littéraire, est depuis un millénaire et demi la langue traditionnelle de l’Alsace … »

CDS du Haut-Rhin (1980) : « le bilinguisme représente, pour l’Alsace, une richesse culturelle inestimable, qui doit être mise en valeur; tout Alsacien dialectophone peut et doit pouvoir disposer de deux langues littéraires, le français et l’allemand ; aussi, l’enseignement de l’allemand doit-il être introduit au plus vite dans les programmes des premières années de l’école primaire et concerner tous les enfants ; »

Appel des poètes, écrivains, chanteurs et militants culturels aux élus d’Alsace (1980) : « Nous vous demandons donc un engagement public dont le premier acte serait la négociation d’un statut officiel pour notre langue régionale dans ses deux composantes : le dialecte, expression orale, et l’allemand littéraire, expression écrite.

« Le Conseil Régional d’Alsace (1980) : – conscient que le bilinguisme est un atout majeur pour l’Alsace et le rôle que celle-ci peut assurer pour la France au cœur de l’Europe ;- reprenant à son compte les préoccupations exprimées par les Conseils Généraux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ; … affirme son attachement au bilinguisme… demande que soient prises en considération les mesures assurant son développement en Alsace, notamment l’introduction du bilinguisme dans l’enseignement des établissements scolaires d’Alsace; … »

Le groupe des élus R.P.R. du conseil municipal de Strasbourg s’engage (1980) « d’essayer, dans le cadre et dans la limite des pouvoirs qui lui appartiennent, de contribuer à maintenir vivante et attrayante notre langue régionale, tant dans sa forme dialectale que dans l’indispensable support que constitue sa forme écrite, l’allemand… »

“Unsri Gerachtigkeit”, mouvement pour l’autogestion culturelle en Alsace, organise à Sélestat (1981) les assises régionales pour les droits culturels de la population alsacienne. Les organisations présentes adoptent une plate-forme commune de revendication et de luttes. Cette plate-forme constitue une marque de plus de l’expression de la demande sociale en matière de langue et de culture en Alsace : « 2.4. La langue (allemand dialectal alsacien et allemand littéraire) et la culture régionales doivent bénéficier d’un statut social et scolaire équivalent à celui de la langue et de la culture française. 2.5. La culture alsacienne doit être comprise comme un ensemble constitué des apports français, allemand et proprement alsacien et respectée comme telle. La culture alsacienne est un élément du patrimoine national qu’elle enrichit. 2.6. Le bilinguisme est nécessaire pour satisfaire les besoins d’ordre culturel, psychologique, sociologique et économique de la population alsacienne. »

Cette plate-forme a été signée par les organisations suivantes : Parti Socialiste (Bas-Rhin), l’Union des Elus socialistes et républicains (Bas-Rhin), Parti communiste (Bas-Rhin), Union Régionale CFDT, Union Régionale CGT, Ecologie et Survie, Mouvement d’écologie politique, SGEN-CFDT (Bas-Rhin), SGEN-CFDT (Haut-Rhin), Cercle René Schickele, Unsri Gerachtigkeit, Mouvement pour l’autogestion culturelle en Alsace. (Brochure spéciale U.G.).

Jean-Baptiste Metz, Secrétaire de la Fédération du PCF du Bas-Rhin, souligna dans “Huma 7” jours (1981)  « Il faut reconnaître l’allemand d’expression littéraire et dialectale comme une véritable langue de France… »

La revue du Parti socialiste du Bas-Rhin « Presse libre » publie, sous le titre « L’identité régionale », un texte adopté aussi bien par la commission fédérale bas-rhinoise de ce parti que par sa commission fédérale haut-rhinoise (1981). « La réhabilitation des dialectes doit mener à leur revalorisation. Or celle-ci passe par l’enseignement de l’allemand, à la fois forme littéraire d’une langue régionale à deux composantes, dénominateur commun et « langue-mère » des dialectes qui y puisent le vocabulaire abstrait ou technique dont ils sont dépourvus… »

Le Conseil Général du Bas-Rhin, après avoir pris connaissance des travaux des commissions de l’éducation et de la culture, demande (1982) : « le développement de la culture alsacienne à l’école et notamment la reconnaissance de l’allemand comme langue régionale de France au sens de la loi Deixonne, l’allemand étant la langue littéraire de l’alsacien, langue régionale parlée »

Requête aux autorités scolaires signées par plus de 500 Maires d’Alsace, par tous les députés et sénateurs d’Alsace, par la quasi-totalité des conseillers généraux, et par un grand nombre de personnalités civiles et religieuses (1985) : « la langue régionale – l’allemand dialectal alsacien et l’allemand littéraire – a subi pendant ce temps un recul considérable, à un point tel que l’on peut raisonnablement se demander si dans deux générations elle sera encore une langue d’Alsace. » 

Recteur Pierre Deyon (1985): « Il n’existe en effet qu’une seule définition scientifiquement correcte de la langue régionale en Alsace, ce sont les dialectes alsaciens dont l’expression écrite est l’allemand. L’allemand est donc une des langues régionales de France » (« Le programme langue et culture régionales en Alsace/Bilan et perspectives »).

Adrien Finck, professeur, germaniste dans les Cahiers du Bilinguisme n° 1-2 (1986):

« Sur la base de cette définition « scientifiquement correcte » de la langue régionale – le dialecte, c’est-à-dire l’allemand alsacien dans ses variétés locales, et la langue supralocale correspondante, l’allemand standard (Hochdeutsch) devra s’édifier un enseignement visant à promouvoir un bilinguisme alsacien. »

Eugène Philipps in L’Alsacien c’est fini? (1989) : « Les dialectes francique et alémanique que l’on parle en Alsace sont deux dialectes « germaniques », c’est-à-dire allemands, parce qu’ils relèvent du même système linguistique que l’allemand moderne » (littéraire ou standard)…

Les deux Conseils Généraux (1991) adressaient une déclaration commune au Ministre de l’Éducation nationale dans laquelle ils : « réaffirment leur attachement à la sauvegarde et au développement du bilinguisme en Alsace; estiment indispensable et urgent de stimuler et de développer l’enseignement de l’allemand, langue régionale dans sa forme écrite, ainsi que le dialecte »

Le Recteur Jean-Paul de Gaudemar précise que (1991) « l’allemand présente du point de vue éducatif la triple vertu d’être à la fois l’expression écrite et la langue de référence du dialecte, la langue des pays les plus voisins et une grande langue de diffusion européenne et internationale. Enseigner l’allemand en Alsace participe ainsi d’une triple entreprise : soutien de la langue et de la culture régionales, enseignement précoce de langues vivantes, initiation à un culture européenne et internationale. »

Manifeste pour l’identité culturelle et l’enseignement de la langue régionale (1992) : « La langue française et la langue régionale sont les deux langues de l’Alsace. La langue régionale est constituée par les dialectes alsaciens et leur expression écrite, l’allemand standard. » Conseillers régionaux signataires : Rudloff Marcel, Waline Jean, Schmitt Roland, Heinrich Alphonse, Sieffert Mariette, Burckel Jean-Claude, Gengenwin Germain, Grossmann Robert, Sigwald-Debès Marie-Paule, Vonau Jean-Laurent, Haenel Hubert, Goetschy Henri, Heider Jean-Paul, Danesi René, Meinrad Jean-Paul, Stoessel Bernard, Guthmann Robert, Zeller Adrien, Loos François, Muller Xavier, Krieger Walter, Blot Yvan, Ullmann-Jousselin Alma, Schultz François, Martig Robert, Schmerber Michel, Becker René, Spieler Robert, Cordonnier Jacques, Baeumler Jean-Pierre, Spiegel Joseph, Hoffet Jean-Louis, Buchmann Andrée, Stoeckel Hugues, Hémonet Guy, Waechter Antoine, Frick Jean-Pierre, Knibiely Philippe, Moeglen Yveline, Geiger Hugues, Winterthaler Roger.

Bulletin officiel de l’E.N. hors-série n°2 18 juin 2003 page 21 : « …les dialectes alémaniques et franciques parlés en Alsace et en Moselle sont traités ensemble à cause de leur parenté commune avec l’allemand, qui est leur langue écrite et leur langue de référence, et leur appartenance commune à la famille des langues germaniques… L’allemand présente en effet, du point de vue éducatif, la triple vertu d’être à la fois l’expression écrite et la langue de référence des dialectes régionaux, la langue des pays les plus voisins et une grande langue de diffusion internationale.» 

Marcel Rudloff (1995) : « Les Alsaciens sont des Français rhénans et alémaniques et c’est la richesse de la France que l’allemand soit ainsi l’une de ses langues.»

André Weckmann (2002) : «Certains ont pensé, dans les années d’après-guerre, que le dialecte pouvait se maintenir plus authentique et plus pur s’il était coupé de l’allemand. C’était une grave erreur, car c’était le confiner dans un passé rural et petit-bourgeois, c’était l’empêcher d’évoluer dans un environnement moderne… Des dialectes dévalorisés, un Hochdeutsch diabolisé, tout devenait possible.

Ainsi, il est vain de vouloir conserver une langue pour elle-même, par simple traditionalisme avec des motivations qui sont uniquement d’ordre sentimental et folklorique. Car les contenus et les concepts véhiculés par les langues sont du moins aussi importants que les langues elles-mêmes.

En outre, confrontée à la pression scolaire et socioculturelle de la langue française, l’expression orale dialectale, éclatée en de multiples variantes, ne peut résister à cette emprise sémantique et même sa structure syntaxique s’en trouve attaquée, minée et finalement détruite. Coupé de l’allemand commun (standard ndlr), de son enseignement, de sa pratique ne fut-ce que par la lecture, le dialecte n’a aucune chance de survie. Car sa sève nourricière, il la tire de cet allemand littéraire qui a été pendant des siècles langue écrite des Alsaciens, mais aussi orale dans un certain nombre de domaines.

L’alsacien et l’allemand standard sont indéniablement deux expressions d’une même langue (…) La première est plutôt orale et non uniformisée, la seconde est langue officielle de référence à l’intérieur du domaine germanophone, Dachsprache, langue-toit des différents dialectes et langue de grande communication (…). La pratique d’un dialecte élaboré, aujourd’hui, n’est possible que si l’on a une connaissance approfondie de la langue standard. Et c’est grâce à elle que le dialecte a la possibilité de s’adapter à la vie moderne sans se dévoyer dans un code-switching ‘franco-alsaco’, un ‘Pidgin-Elsassisch qui est le dernier stade avant sa disparition définitive.»   in «Langues d’Alsace»

Bulletin officiel de l’éducation nationale, hors-série n° 2 du 19 juin 2003. « La langue régionale existe en Alsace et en Moselle sous deux formes, les dialectes alémaniques et franciques (….) qui sont des dialectes de l’allemand, d’une part, et l’allemand standard d’autre part ».

Programmes de l’enseignement de langues régionales au palier 1 du collège, NORMENE0773549A, RLR : 525-6, ARRÊTÉ DU 26-12-2007, JO DU 10-1-2008, MEN

DGESCO A1-4 « cet enseignement prend en compte la diversité des registres linguistiques : les dialectes alémaniques et franciques constituent la langue véhiculaire de certains usages personnels, sociaux et de pratiques culturelles ; l’allemand standard est la langue de référence de tous les dialectes de l’espace considéré »

Conseil Général du Haut-Rhin (2010) : « Depuis plusieurs décennies, le Conseil Général agit auprès de l’Éducation nationale pour que les jeunes Alsa­ciens puissent maîtriser l’allemand. Pourquoi? Il s’agit de la langue de nos voisins, bien sûr. Mais l’allemand, en tant que référence et forme standard de nos dialectes alsaciens, est aussi et surtout notre langue régionale. »

Appel en faveur d’une charte linguistique pour l’Alsace (depuis 2013) : « Article 2 : La langue régionale est constituée de l’allemand dialectal d’Alsace (forme essentiellement orale) et de l’allemand standard (forme essentiellement écrite et langue de culture de référence) ». Appel signé en particulier à ce jour par plus de 3642 personnes représentatives du monde politique, économique et culturel. (voir liste sur www.ica.2010.fr). PK